Logement social en Île-de-France en 2025 : 1,4 million de logements et seulement 5 % de rotation

Avec plus de 1,4 million de logements sociaux en 2025, le parc francilien continue de progresser. Il a même augmenté deux fois plus vite que le nombre de résidences principales depuis 2019. Pourtant, un autre chiffre interpelle : seulement 5 % des locataires ont quitté leur logement en 2024. Le paradoxe francilien est là : produire davantage ne suffit plus lorsque la mobilité résidentielle se bloque.

L’Île-de-France compte désormais 1 404 353 logements sociaux, soit 27 % du parc social français.

Entre 2019 et 2025, ce parc a progressé de 9,3 %, alors que le nombre de résidences principales augmentait de 4,8 %.

L’effort de développement est donc réel.

En 2024, 15 625 nouveaux logements sociaux ont été mis en service.

Et pourtant, pour les ménages qui attendent un logement, l’accès au parc reste extrêmement difficile.

5 % de rotation : le chiffre qui change la lecture

C’est probablement la donnée la plus révélatrice de l’infographie publiée par la DRIHL.

En 2024, le taux de rotation des locataires franciliens n’était que de 5 %.

Autrement dit, lorsqu’un ménage obtient un logement social en Île-de-France, il tend à y rester durablement.

Ce phénomène est assez logique.

Dans un territoire où les loyers du marché privé sont élevés et l’accession à la propriété de plus en plus difficile, quitter son logement social peut signifier renoncer à une protection économique difficilement remplaçable.

La faiblesse de la mobilité devient alors l’une des manifestations de la crise du logement.

Un parc presque intégralement occupé

Autre chiffre particulièrement révélateur : la vacance structurelle n’est que de 0,8 %, contre 1 % à l’échelle nationale.

Le parc disponible est donc utilisé à un niveau extrêmement élevé.

C’est évidemment positif du point de vue de son occupation.

Mais cela signifie aussi qu’il existe très peu de réserves permettant d’absorber une demande supplémentaire.

Peu de logements durablement vacants, peu de rotations : mécaniquement, les possibilités d’attribution se réduisent.

Et la production nouvelle doit alors répondre non seulement aux nouveaux besoins, mais aussi compenser une mobilité devenue particulièrement faible.

Produire reste indispensable, mais ne suffit plus

C’est tout le paradoxe des chiffres franciliens.

On pourrait regarder la progression de 9,3 % du parc social en six ans et conclure que l’offre augmente significativement.

C’est vrai.

Mais la question de l’accès au logement ne dépend pas uniquement de la taille du parc.

Elle dépend également de sa capacité à circuler.

Or les parcours résidentiels se sont grippés : des ménages qui auraient autrefois pu rejoindre le parc privé ou accéder à la propriété restent plus longtemps dans leur logement social, faute d’alternative économiquement soutenable.

Le problème dépasse donc largement le seul secteur Hlm.

Lorsque la mobilité se bloque sur le marché du logement dans son ensemble, elle finit nécessairement par se bloquer aussi dans le parc social.

La crise du logement est aussi une crise des parcours résidentiels

Les chiffres publiés par la DRIHL ont finalement le mérite de déplacer légèrement le regard.

Oui, il faut continuer à produire du logement social en Île-de-France.

La pression de la demande l’impose.

Mais augmenter le stock ne suffira probablement pas à résoudre durablement les difficultés d’accès si, dans le même temps, les sorties du parc continuent à se raréfier.

Logement intermédiaire, accession abordable, BRS, offre locative privée : tout ce qui permet de recréer des étapes dans le parcours résidentiel contribue aussi, indirectement, à redonner de la mobilité au logement social.

C’est peut-être l’enseignement le plus important derrière ces 1,4 million de logements.

La performance d’un système de logement ne se mesure pas seulement au nombre de logements qu’il produit, mais aussi à sa capacité à permettre aux ménages de passer de l’un à l’autre.

Et en Île-de-France, c’est probablement là que se situe aujourd’hui l’un des principaux points de blocage.

Céline Chabot
Cofondatrice de monLogement.ai – numérique & IA pour le logement social
Docteur en droit | 20 ans d’expérience au sein de bailleurs sociaux et de l’Union sociale pour l’habitat