Après plusieurs années de recul, les attributions de logements sociaux repartent à la hausse en 2025. Plus de 390 000 logements ont été attribués, soit une progression de 2,6 % sur un an. Une inflexion bienvenue, mais insuffisante pour modifier substantiellement les conditions d’accès au parc social : la demande continue de progresser et, derrière la moyenne nationale, les inégalités entre ménages et territoires restent considérables.
C’est une inflexion que l’on n’avait plus observée depuis plusieurs années.
En 2025, un peu plus de 390 000 logements sociaux ont été attribués, soit environ 10 000 de plus qu’en 2024 et une progression de 2,6 %.
Après plusieurs exercices marqués par une baisse continue des attributions, le retournement mérite d’être relevé.
Mais il mérite aussi d’être relativisé.
Car, dans le même temps, la demande de logement social continue d’augmenter : +2 % en un an.
Résultat : malgré la progression du nombre de logements attribués, le taux d’attribution ne gagne que 0,1 point pour atteindre 9,5 %.
Autrement dit, davantage de ménages sont logés, mais la file d’attente continue elle aussi de s’allonger.
9,5 % : derrière la moyenne, une réalité beaucoup plus tendue
Un taux national d’attribution de 9,5 % signifie déjà que moins d’une demande sur dix aboutit à une attribution au cours de l’année.
Mais cette moyenne masque surtout des écarts considérables.
Le premier est territorial.
En zone A bis, là où la pression immobilière est la plus forte, le taux d’attribution tombe à 5 %.
Dans les zones B2 et C, il atteint à l’inverse 14,9 %.
Près de trois fois plus.
Ce contraste résume à lui seul une grande partie de la difficulté actuelle : c’est précisément là où les besoins sont les plus intenses que la probabilité d’accéder à un logement social est la plus faible.
La crise du logement social n’est donc pas seulement une question de volume national.
Elle est aussi une crise de localisation de l’offre au regard de la demande.
Les ménages les plus modestes ne sont pas les mieux placés
L’autre enseignement mérite peut-être encore davantage notre attention.
L’ANCOLS constate que les ménages disposant des ressources les plus faibles présentent des taux d’attribution inférieurs à la moyenne.
Le constat interpelle nécessairement.
Le logement social a précisément vocation à permettre l’accès au logement de ménages que le marché privé ne permet pas — ou difficilement — de loger dans des conditions compatibles avec leurs ressources.
Or plus la tension sur le parc augmente, plus les arbitrages deviennent complexes.
Et derrière les statistiques d’attribution apparaît alors une question fondamentale : dans un système où la demande excède très largement l’offre disponible, comment garantir que les ménages qui en ont le plus besoin conservent effectivement un accès au parc ?
C’est probablement l’un des sujets que la seule hausse du nombre d’attributions ne permet pas de résoudre.
DALO : davantage de ménages logés, mais une probabilité d’attribution qui recule
Les chiffres concernant le droit au logement opposable illustrent parfaitement ce paradoxe.
En 2025, 26 000 logements ont été attribués à des ménages reconnus prioritaires au titre du DALO, soit une hausse de 5,8 % sur un an.
Pris isolément, le chiffre est positif.
Pourtant, leur taux d’attribution continue de diminuer et s’établit à 23,1 %, en recul de 0,4 point sur un an et de 3,5 points depuis 2021.
Pourquoi ?
Parce que le nombre de ménages demandeurs reconnus DALO progresse lui aussi.
Là encore, on retrouve la même mécanique : le nombre d’attributions augmente, mais moins rapidement que les besoins auxquels il doit répondre.
L’Île-de-France concentre les tensions… et les attributions DALO
La situation francilienne est particulièrement révélatrice.
À elle seule, l’Île-de-France concentre 54 % des attributions réalisées au bénéfice de ménages DALO.
Dans cette région, les ménages reconnus prioritaires au titre du DALO disposent d’ailleurs d’un taux d’attribution environ quatre fois supérieur à celui des demandeurs qui ne bénéficient pas de cette reconnaissance.
Cela montre que le mécanisme de priorité produit bien des effets.
Mais cela révèle aussi l’intensité de la concurrence pour accéder au parc social francilien.
Car disposer d’une priorité ne crée évidemment pas de logement supplémentaire.
Et lorsque l’offre disponible est insuffisante au regard du nombre de demandeurs, organiser les priorités revient nécessairement à arbitrer au sein de la pénurie.
Une reprise des attributions, pas encore une détente
Il serait donc excessif de minimiser la hausse enregistrée en 2025.
Après plusieurs années de recul, repasser au-dessus de 390 000 attributions constitue une évolution favorable.
La progression moins rapide de la demande peut également laisser entrevoir une légère inflexion.
Mais parler de véritable amélioration de l’accès au logement social serait prématuré.
Le taux d’attribution reste inférieur à 10 %. Les ménages les plus modestes accèdent moins souvent au logement que la moyenne. Les écarts territoriaux sont considérables. Et même pour les ménages reconnus prioritaires au titre du DALO, l’augmentation du nombre d’attributions ne suffit pas à enrayer la baisse du taux d’accès.
Les chiffres de 2025 racontent donc deux histoires à la fois.
Celle d’une embellie réelle dans le nombre de logements attribués.
Et celle, beaucoup plus structurelle, d’un système dans lequel la demande continue de progresser plus vite que sa capacité à y répondre dans les territoires les plus tendus.
La première mérite d’être soulignée.
La seconde interdit encore de parler de détente.
Céline Chabot
Cofondatrice de monLogement.ai – numérique & IA pour le logement social
Docteur en droit | 20 ans d’expérience au sein de bailleurs sociaux et de l’Union sociale pour l’habitat

