5,4 millions de logements sociaux, 71 300 nouvelles mises en location et un parc qui progresse encore de 0,5 % en un an. À première vue, les chiffres 2025 pourraient sembler rassurants. Mais deux autres indicateurs racontent une réalité plus préoccupante : en six ans, la vacance est passée de 2,9 % à 2,1 % et la mobilité de 9,3 % à 7,1 %. Le parc social continue de grandir, mais il offre de moins en moins d’opportunités pour y entrer.
Chaque année, les chiffres clés du logement social permettent de prendre le pouls du secteur.
Et ceux de 2025 racontent une histoire en deux temps.
D’un côté, le parc continue de progresser.
De l’autre, il apparaît de plus en plus tendu.
5,4 millions de logements sociaux
La France compte désormais 5,4 millions de logements sociaux proposés à la location, soit une progression de 0,5 % en un an.
Sur la période :
- 71 300 logements ont été mis en location ;
- 18 100 logements ont été démolis ;
- 10 900 logements ont été vendus.
Au total, les logements sociaux loués représentent 15,9 % des résidences principales.
Le parc reste très majoritairement collectif : 85 % des logements sont situés dans des immeubles collectifs, contre 15 % de logements individuels.
Ces volumes donnent la mesure du modèle Hlm français.
Mais ils ne disent pas tout de son fonctionnement.
Des loyers en hausse de 3,6 %
Le loyer moyen atteint désormais 6,76 euros par m², en progression de 3,6 % sur un an.
Avec, sans surprise, de fortes disparités territoriales :
7,95 €/m² en Île-de-France, contre 6,37 €/m² en province et dans les DROM.
Ces niveaux restent très inférieurs aux loyers du marché privé dans de nombreux territoires.
Mais leur évolution mérite d’être suivie attentivement dans un contexte où la question du reste à charge des ménages devient de plus en plus prégnante.
Le chiffre le plus préoccupant ? 7,1 %
C’est probablement l’indicateur à retenir.
En 2019, le taux de mobilité dans le parc social atteignait 9,3 %.
En 2025, il n’est plus que de 7,1 %.
Dans le même temps, la vacance est passée de 2,9 % à 2,1 %.
Pris séparément, un faible taux de vacance peut être considéré comme un indicateur positif : les logements disponibles sont occupés.
Mais associé à une mobilité qui recule fortement, il raconte autre chose.
Les logements se libèrent moins souvent.
Et lorsqu’un logement ne se libère pas, il ne peut évidemment pas être attribué à l’un des ménages qui attendent.
Le parc augmente. Mais les portes d’entrée se raréfient.
C’est tout le paradoxe de ces chiffres 2025.
Le logement social français compte davantage de logements qu’il y a un an.
Mais cette croissance relativement faible intervient dans un parc où les occupants restent plus longtemps et où très peu de logements sont vacants.
Cette baisse de la mobilité dit aussi quelque chose de la crise du logement dans son ensemble.
Lorsque les loyers du parc privé sont difficiles à supporter et que l’accession à la propriété devient inaccessible à une partie des ménages, quitter son logement social devient économiquement beaucoup plus compliqué.
Les parcours résidentiels se bloquent.
Et lorsque les sorties diminuent, les possibilités d’entrée diminuent à leur tour.
C’est pourquoi la crise du logement social ne peut pas être regardée uniquement à travers le nombre de logements construits.
Produire davantage reste indispensable.
Mais il faut aussi recréer des possibilités de parcours : logement intermédiaire, accession abordable, BRS, parc locatif privé accessible…
Car un parc social ne remplit pas seulement sa fonction lorsqu’il grandit. Il doit aussi permettre à ceux qui en ont besoin d’y entrer — et à ceux qui le peuvent d’en sortir.
C’est peut-être ce que racontent le mieux les chiffres 2025.
5,4 millions de logements sociaux, mais seulement 7,1 % de mobilité : derrière la taille du parc, c’est désormais sa capacité à rester accessible qu’il faut regarder.
Céline Chabot
Cofondatrice de monLogement.ai – numérique & IA pour le logement social
Docteur en droit | 20 ans d’expérience au sein de bailleurs sociaux et de l’Union sociale pour l’habitat

