LLI : le chaînon manquant de la production de logements abordables ?

Le logement locatif intermédiaire était initialement pensé pour répondre aux besoins des classes moyennes dans les territoires où l’écart entre parc social et marché libre est particulièrement important. Une étude de la DRIHL et de L’Institut Paris Region révèle une autre dimension : en Île-de-France, le LLI s’insère de plus en plus dans des opérations mixtes et peut contribuer, indirectement, à la production de logements sociaux.

Le logement locatif intermédiaire (LLI) change progressivement de dimension.

Entre 2016 et 2024, 21 000 LLI ont été livrés en Île-de-France. Et entre 2014 et 2025, plus de 81 000 logements ont été agréés ou déclarés.

Mais au-delà de cette montée en puissance, c’est la manière dont ces logements sont produits qui mérite notre attention.

Car le LLI n’apparaît plus seulement comme une offre destinée aux ménages trop aisés pour accéder au logement social mais insuffisamment pour se loger facilement dans le parc privé.

Il devient aussi un élément à part entière de l’économie des opérations de logement.

LLI et logement social : davantage complémentaires que concurrents

C’est probablement l’enseignement le plus intéressant de l’étude.

Près de la moitié des opérations comportant du LLI produisent également des logements locatifs sociaux.

Dans les opérations étudiées, les logements sociaux représentent 38,4 % de la production, contre 9,5 % pour les LLI.

Ces chiffres viennent nuancer l’idée selon laquelle développer le logement intermédiaire se ferait nécessairement au détriment du logement social.

Dans certaines opérations, les différents produits peuvent au contraire contribuer à leur équilibre économique et faciliter leur réalisation.

La mixité des financements devient ainsi un moyen de produire de la mixité résidentielle.

Le LLI s’implante là où le territoire le permet

La géographie du LLI francilien est elle aussi instructive.

67 % des logements livrés se situent dans des communes ayant déjà atteint leurs obligations au titre de la loi SRU.

La Seine-Saint-Denis concentre 27 % des LLI livrés, devant les Hauts-de-Seine (17 %) et le Val-de-Marne (13 %), tandis que Paris en représente moins de 5 %.

Cette implantation montre que le LLI trouve notamment sa place dans des territoires où la tension immobilière est forte, mais où les conditions de production permettent encore de développer une offre à loyers intermédiaires.

Il s’inscrit aussi largement dans les dynamiques d’aménagement : 15 % des opérations sont réalisées en ZAC, près d’une sur trois se situe dans ou à proximité d’un quartier prioritaire de la politique de la ville et 58 % sont proches d’une gare de transports collectifs ferrés.

Le LLI apparaît ainsi comme un véritable outil de programmation territoriale.

Une réponse à un parcours résidentiel qui se grippe

Le profil des occupants confirme également la fonction particulière de cette offre.

52 % des locataires ont entre 25 et 35 ans.

Ce sont précisément des ménages qui peuvent se retrouver pris en étau : des revenus parfois trop élevés pour accéder facilement au logement social, mais insuffisants pour supporter les loyers du marché dans les territoires les plus tendus.

Le LLI vient donc occuper un espace devenu stratégique entre parc social et parc privé libre.

Et son intérêt dépasse les seuls ménages qu’il loge.

En développant une offre intermédiaire, il peut contribuer à fluidifier les parcours résidentiels et, lorsqu’il est intégré à des opérations mixtes, participer à rendre possible une production plus large de logements, y compris sociaux.

Le LLI, un produit intermédiaire devenu outil de production

C’est probablement le changement de perspective le plus intéressant.

Le LLI a longtemps été présenté essentiellement par le public auquel il s’adresse : les classes moyennes des zones tendues.

L’étude francilienne invite à le regarder aussi par ce qu’il permet de produire.

Dans une période où l’équilibre économique des opérations devient toujours plus difficile à atteindre, la diversification des produits au sein d’un même programme peut devenir un levier de faisabilité.

Cela ne fait évidemment pas du LLI un substitut au logement social. Les publics, les niveaux de loyers et les finalités restent différents.

Mais opposer systématiquement les deux serait probablement passer à côté de l’essentiel.

Le véritable enjeu n’est peut-être plus de choisir entre logement social et logement intermédiaire, mais de déterminer comment leur complémentarité peut permettre de produire davantage de logements abordables là où les besoins sont les plus forts.

Céline Chabot
Cofondatrice de monLogement.ai – numérique & IA pour le logement social
Docteur en droit | 20 ans d’expérience au sein de bailleurs sociaux et de l’Union sociale pour l’habitat